« L'orgueil précède la ruine, et l'arrogance précède la chute », Proverbes 16:18
Il y a seulement quelques jours, tout était tellement clair et évident : « L’Ukraine est en train de gagner la guerre et la Russie est sur les rotules ! » De nombreux responsables occidentaux ont célébré les frappes de drones ukrainiens dans la profondeur du territoire russe comme un tournant décisif de la guerre. C’était le cas de la sénatrice étatsunienne Jeanne Shaheen, qui affirmait triomphalement, le 7 juillet : « La dynamique a changé et l’Ukraine est en bonne posture » ; ou notre ministre des Affaires étrangères, le sempiternel halluciné Jean-Noël Barrot pontifiant sur France Info : : « il a déjà perdu ! » en parlant de Vladimir Poutine, évidemment.
Aujourd’hui, malgré les articles des médias dominants qui annoncent régulièrement l’effondrement imminent de la Russie, la réalité est nettement moins favorable pour Kiev et ses soutiens occidentaux. Certes, Moscou subit des dommages, notamment en Crimée et sur ses approvisionnements pétroliers. Cependant, ces perturbations restent sans commune mesure avec ce qu’endure l’Ukraine. Il faut tenir compte de la disproportion des frappes, largement à l’avantage de Moscou, et de l’écart de taille entre les deux pays. Tandis que la Russie répare rapidement ses dégâts, l’Ukraine voit ses infrastructures vitales systématiquement détruites : réseaux énergétiques, capacités de production et d’approvisionnement en matériel et en munitions, ainsi que ses systèmes routier et ferroviaire.
En plus de cela, sur le plan militaire, Moscou gagne du terrain sur la quasi-totalité du front, tandis que Kiev ne peut revendiquer que des avancées locales et éphémères. Le rapport de force démographique et industriel penche également très largement en faveur de la Russie. Celle-ci produit bien plus de munitions et d’équipement que son adversaire, malgré l’aide occidentale massive. L’Ukraine, quant à elle, laisse sur le front, chaque mois, des milliers de soldats qu’elle peine à remplacer, alors que la Russie, en dépit des pertes réelles (mais moins importantes), conserve sa capacité de recruter des contractuels en nombre suffisant et de former de nouvelles unités.
Sur le plan politique, l’Ukraine a une fâcheuse tendance à se tirer des balles dans le pied. Le limogeage récent du ministre de la Défense Mykhailo Fedorov a provoqué de vives contestations qui ont obligé le président-de-facto Volodymyr Zelensky à démettre également le commandant en chef Oleksandr Syrsky, un vieux briscard qui parvenait tant bien que mal à ralentir l’avancée russe. Il a été remplacé par Mykhailo Drapaty, un officier plus jeune, mais moins expérimenté pour occuper un poste de cette importance.
L’instabilité politique s’accompagne d’une fâcheuse tendance à froisser ses propres alliés. La décision d’accorder des funérailles d’État au dirigeant nationaliste Andriy Melnyk, collaborateur des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, a fortement irrité la Pologne. Kiev a également provoqué la colère des Polonais en donnant le nom de l’UPA à une unité de son armée régulière. Rappelons que l’UPA est responsable du massacre de Volhynie en 1943, au cours duquel près de cent mille civils polonais, majoritairement des femmes et des enfants, ont été sauvagement liquidés.
De même, les déclarations de Mykhailo Drapaty, qui affirmait dès 2023 que la Russie est « une nation qui n'a pas le droit d'exister », ont été largement relayées et critiquées, confirmant la position de Moscou tout en compliquant la communication internationale de Kiev.
Mais l’Ukraine ne se contente pas de froisser ses alliés : elle s’attaque aussi à des pays neutres. Le 25 juillet, un drone ukrainien a frappé un cargo iranien en mer Caspienne, tuant un marin. Téhéran a immédiatement condamné l’attaque et a fait savoir, par ses médias, que l’ensemble du territoire ukrainien se trouvait à portée de ses missiles de dernière génération.
Toujours sur le plan naval, par ses attaques contre des cargos en mer d’Azov, Kiev pensait affaiblir le commerce maritime russe. En réalité, les dégâts infligés à Moscou sont restés limités, d’autant plus que la mer Noire ne représente qu’une partie des capacités d’accès de la Russie aux voies de commerce internationales. En revanche, tous les ports ukrainiens étant situés sur cette même mer, les frappes russes massives ont entraîné la fermeture de plusieurs terminaux à Odessa et Nikolaïev, et réduit drastiquement les capacités d’exportation de l’Ukraine.
Reste une question essentielle : pourquoi l’Ukraine adopte-t-elle de tels comportements contre-productifs ? Plusieurs explications sont possibles. L’absence totale de contre-pouvoirs à Kiev et le désespoir croissant face à une situation militaire de plus en plus critique semblent être les deux principaux éléments. Mais d’autres facteurs entrent en jeu, notamment l’influence des soutiens occidentaux, principalement étatsuniens et britanniques, qui veulent affaiblir la Russie à tout prix, quitte à sacrifier l’Ukraine elle-même. De plus, le pouvoir de Kiev veut à toute force que le pays fasse partie de l’Occident au point d’imiter et de suivre aveuglément le comportement erratique de ses alliés.
Depuis de nombreuses années, l’Europe adopte des positions totalement irrationnelles qui lui nuisent directement. L’exemple le plus flagrant est celui de l’Allemagne : le chancelier Merz a reconnu dans une interview à ZDF, le 19 juillet dernier, que la crise énergétique persistante était due à l’absence de gaz russe, admettant ainsi que se couper de son approvisionnement le plus avantageux avait été une erreur stratégique majeure.
La Finlande offre un autre cas d’école de cette incompétence occidentale. Après avoir rejoint l’OTAN sans vraie raison et dans l’urgence, elle a fermé sa frontière avec la Russie, interrompant brutalement des décennies de relations commerciales stables. Résultat : des régions entières de l’est du pays sont aujourd’hui économiquement sinistrées, tandis que la Russie s’est simplement tournée vers d’autres partenaires. Mutatis mutandis, les pays Baltes subissent également les effets pervers de leur rupture avec Moscou.
Tout aussi symptomatique est le cas des hélicoptères Kamov de l’armée espagnole. Ces appareils, particulièrement efficaces pour la lutte contre les incendies, sont cloués au sol depuis des mois en raison des sanctions européennes. Madrid ne peut plus obtenir les pièces détachées russes indispensables à leur maintenance, alors même que l’Espagne est régulièrement ravagée par des feux de forêt dévastateurs. Bruxelles préfère laisser brûler des milliers d’hectares plutôt que d’accorder une exception technique à ses propres sanctions.
On dit souvent que la folie consiste à répéter inlassablement les mêmes actions en espérant un résultat différent. Si c’est le cas, l’Occident vit collectivement dans un asile d’aliénés. Pour une raison mystérieuse, la grande majorité de nos dirigeants semble engagée dans une surenchère absurde et irrationnelle.
Le président Donald Trump en offre un exemple frappant : il persiste à multiplier les menaces et les frappes contre l’Iran, sans obtenir le moindre résultat tangible, sinon l’épuisement rapide des stocks de munitions des États-Unis et la déstabilisation des marchés mondiaux du pétrole et des matières premières critiques.
Un autre exemple est celui d’Ursula von der Leyen et de Kaja Kallas à la tête de la Commission européenne. Le 23 juillet 2026, l’UE a adopté son 21e paquet de sanctions contre la Russie, dans l’espoir — contre toute évidence et après vingt échecs successifs — que celui-ci produirait enfin les effets escomptés.
Les effets pervers n’ont pas tardé. En incluant dans ce paquet quatorze entreprises chinoises accusées d’aider Moscou, Bruxelles a immédiatement provoqué la riposte de Pékin : quatorze entreprises européennes, dont le géant allemand Rheinmetall, ont été placées sur la liste de contrôle des exportations chinoises. Cette mesure bloque les biens à double usage et menace gravement l’approvisionnement en terres rares, dont la Chine maîtrise l’essentiel de la production.
Au fond, ces dirigeants ne semblent plus guidés par les intérêts concrets de leurs peuples, mais par une posture idéologique rigide. Ils préfèrent sacrifier la prospérité et la sécurité de leurs citoyens plutôt que d’admettre l’échec stratégique de leur politique. L’Ukraine, en suivant cette même logique, creuse aujourd’hui sa propre tombe.
Cette incapacité à apprendre de ses erreurs n’est pas nouvelle. Dès janvier 1796, Antoine-Léopold de Brunet, chevalier de Panat, écrivait à propos des courtisans de Louis XVIII : « Personne n’est corrigé ; personne n’a su ni rien oublier ni rien apprendre. » L’expression, souvent attribuée à Talleyrand puis reprise par Napoléon sous la forme « Les Bourbons n’ont rien appris, ni rien oublié », s’applique aujourd’hui avec une troublante justesse à une large partie de la classe politique occidentale.
Le problème dépasse le simple manque d'introspection et de culture. C’est un mélange d’ignorance crasse, d’hubris et d’une stupéfiante incapacité à tirer les leçons du passé, même le plus récent.
Cette arrogance trouve sa source dans la croyance en la toute-puissance occidentale, militaire autant que financière. Persuadés, en plus, que leur modèle politique et leurs valeurs sont universels et incontestables, ces dirigeants considèrent que le reste du monde n’a d’autre choix que de se soumettre. Toute résistance devient alors incompréhensible, presque sacrilège. Comme le dit un proverbe allemand Dummheit und Stolz wachsen auf einem Holz. Bêtise et orgueil poussent sur le même arbre.
il était naguère d’usage pour les dirigeants de s’entourer de vrais conseillers et de véritables experts qui émettaient des avis circonstanciés et, quand il le fallait, savaient faire valoir leurs positions. Le propre d’un vrai homme d'État est d’ailleurs de faire appel aux personnes les plus compétentes, même plus intelligentes que lui. En effet, on ne demande pas à un dirigeant d’être un érudit omniscient (même s’il s’imagine qu’il l’est), mais d’avoir assez de sagesse et d’humilité pour s’entourer de vrais experts et écouter ceux qui en savent plus que lui. Cette qualité, hélas, semble avoir disparu. Les équipes gouvernementales sont composées de courtisans et de sycophantes. Le résultat est sous nos yeux : une classe dirigeante qui, par arrogance et manque de discernement, se ridiculise jour après jour et perd à la fois sa légitimité et son influence. L’histoire ne pardonne pas : de cela, les exemples abondent.